Textes courts

Dédicaces

-Bonjour.

-Bonjour.

-A quel nom la dédicace ?

-Sam.

-Vous vous appelez Sam ?

-Non c’est mon chien.

-Votre chien sait lire ?

-Non bien sûr que non., mais je me suis dit que ça lui ferait plaisir d’avoir un livre dédicacé à son nom.

- Bonjour.

- Bonjour.

- A quel nom la dédicace ?

- Ben.

- Vous avez un chien ?

- Non un chat.

-   Il sait lire ?

-   Non, quoique parfois je me demande car chaque fois que quelqu’un ouvre un livre il vient se frotter contre les pages.

Mais pourquoi me demandez vous ça ?

- Oh pour rien.

Donc Ben…

- Oui c’est mon frère. Il habite aux Etats Unis et je vais lui envoyer.

- Alors ma pièce va traverser l’Atlantique ?

- Et oui.

- Vous la lirez peut être avant.

- Ah non, je n’aime pas lire.

-         Bonjour

-         Bonjour.

-         A quel nom ?

-         Robert.

-         Mais vous avez dû vous tromper, ce n’est pas le livre de ma pièce.

-         Je sais.

-         C’est la pièce de Benoit F., son stand est un peu plus loin .

-         Je sais mais signez quand même.

-         Pourquoi ?

-         Parce que au stand de Benoit F. il y a une queue d’au moins vingt minutes avant de pouvoir se faire dédicacer sa dernière pièce.

-         Ici il n’y a personne et comme je suis pressé…

-         Bonjour.

-         Bonjour.

-         Je suis heureuse de vous rencontrer, j’ai lu toutes vos pièces.

-         Merci.

-         Qu’est ce que vous écrivez bien, j’aimerai bien écrire comme vous.

-         Vous écrivez ?

-         J’essaie. J’ai plein d’idées quand je me promène puis une fois rentrée chez moi, plus rien, j’arrive pas à aligner trois phrases. Alors je lis puis je m’endors et le lendemain j’ai tout oublié.

-         J’espère que vous aimerez ma dernière pièce, elle est un peu différente des autres vous verrez.

-         Je suis sûre qu’elle est très bien, tout ce que vous faites est très bien, j’aimerai bien écrire comme vous.

-         Je mets la dédicace à quel nom ?

-         Benoît F.

-         Benoît F ? mais…

-         Je suis sa femme.

-         Vous êtes la femme de l’auteur le plus joué depuis des années, traduit dans vingt cinq pays, célèbre au Japon, adapté au cinéma…Moi

-         je n’ai été joué qu’une fois.

-         Oui, c’est pour ça que j’aime ce que vous écrivez : ça me repose.

- Bonjour.

- Bonjour

- A quel nom la dédicace ?

- Compagnie l’Air du Vent.

- Ah vous faites du théâtre ?

- Oui je dirige une compagnie professionnelle .

- Vous cherchez des textes ?

- Nous cherchons toujours des textes.

Il y a trois ans nous avons travaillé une de vos pièces.

-   Laquelle ?

-   Je ne me souviens plus du titre.

-   Vous l’avez représenté.

-   Non, c’étaient des exercices d’atelier à partir desquels nous avons ensuite improvisé  et nous avons joué ce que nous avons improvisé.

-   Pas mon texte, alors.

-   Il faut s’affranchir du texte simplement écouter la voix de la pièce et la restituer avec ses propres mots, c’est plus habité par les comédiens tu vois…

-   Oui je vois.

-   Bon et là ça parle de quoi ?

-   C’est l’histoire d’un homme qui un soir sur un quai de gare rencontre…

-   Ah ouais, super intéressant.

Sûr qu’on va la monter ta pièce peut être pas tout de suite car actuellement on est sur un travail plutôt basé sur le corps tu vois, les comédiens s’impliquent physiquement, avec leurs tripes.

De toute façon sur un plateau si tu mets pas tes tripes à l’air ça passe pas, le spectateur ne s’en aperçoit pas, mais ça passe pas. Tu es de mon avis.

-   Oui, mais le spectateur lui…

-   Tu sais moi, en tant que metteur en scène je ne recherche pas forcément l’adhésion du public, je trouve même que c’est plutôt suspect si le public adhère spontanément à ma proposition, c’est qu’elle n’est pas assez radicale, quelque part, tu vois.

Mais faut toujours avoir des textes en réserve, tu sais ce que c’est.

-   Oui je sais.

-   Allez tchao.

-   Mais j’ai pas fait la dédicace.

-   C’est pas grave, c’était sympa de se rencontrer. A plus

-   A plus…

- Bonjour.

- Bonjour.

- Alors c’est vous qui avez écrit cette pièce.

- Oui, c’est moi.

- C’est la première fois que je rencontre un auteur, ça doit être drôlement dur d’écrire, tous ces personnages.

- Comment vous faites ?

- Bien je travaille…

- Mais comment elles vous viennent les idées, c’est des choses que vous avez vu ou entendu autour de vous ?

- Parfois oui et j’invente aussi.

- Je m’en doute mais n’empêche ce doit pas être évident.

- Et vous écrivez quand, quand l’inspiration arrive ?

- Pas uniquement sinon je n’écrirais pas beaucoup.

- Mais c’est dangereux de discuter avec un auteur, peut être que vous allez utiliser ce que nous racontons là pour une de vos pièces.

- Peut être.

- Comment vous commencez, vous avez une idée, un plan ? Les personnages ressemblent à des gens que vous connaissez ?

- Disons que c’est un mélange entre la réalité et l’imagination.

- Et vous êtes souvent joué ?

- Ca commence.

- Quelle impression ça fait de voir les personnages que vous avez imaginé en chair et en os joués par des acteurs ?

- C’est la magie du théâtre, l’incarnation.

- Je ne sais pas je ne suis jamais allé au théâtre de ma vie mais je regarde les films à la télé.

- C’est pas tout à fait la même chose.

-C’est bien aussi puis on est chez soi, il faut pas se déplacer, s’habiller.

-Vous savez c’est bien de voir les comédiens en chair et en os, c’est vivant.

- Je crois que ça me ferait un peu peur, dans le noir , le silence.

Si ça ne me plait pas j’oserai pas sortir.

- Et si ça vous plait ?

- Ah oui si ça me plait ? Je n’y avais pas pensé…si ça me plait…vous croyez que ça peut me plaire ?

- Oui je le crois, en tous cas beaucoup de gens font beaucoup de choses pour que ça vous plaise.

- J’aurai pas cru, je pensais que les acteurs ils se font d’abord plaisir à eux.

- Pas toujours..

- Et vous quand vous écrivez vous pensez d’abord aux acteurs ou au public ?

Peut être que vous pensez à vous faire plaisir aussi.

- Un peu tout en même temps plus autre chose dont je ne sais pas parler.

- Ben c’est pas simple ce que vous faites, j’aimerai pas être à votre place.

En tous cas vous êtes sympa je vais vous le prendre votre livre.

- Vous n’êtes pas obligé.

-         Je sais mais ça me fait plaisir.

-         Je mets quel nom pour la dédicace ?

-         Mauricette.

-         Mauricette…. Il écrit …voilà.

-         Il lit   C’est sympa ce que vous avez écrit , ça lui fera plaisir. C’est ma fille, elle a trois mois.

-         Alors elle pourra pas le lire.

-         Pas tout de suite mais plus tard quand vous serez célèbre.

-         Oui quand je serai célèbre.

-          

-         Bonjour

-         Bonjour

-         Vous pouvez signer là.

-         Où ça ?

-         Bien là , à côté des autres signatures.

-         Vous ne préférez pas que je signe sur mon livre.

-         Non là c’est très bien. Regardez j’ai déjà plein de signatures de vos confrères.

-         Ils ont accepté de signer ?

-         Oui il y en a même un qui m’a dit « Là on est vraiment dans la cuisine des écrivains » .

-         Oui , je comprends, mais enfin…

-         Vous ne trouvez pas ça sympa vous ? C’est original non ?

-         Pour être original, c’est original …faire signer sur une nappe en papier. Et qu’allez vous en faire ?

-         Souvenir, souvenir. Je vais peut être l’encadrer.

-         Mais pourquoi une nappe ?

-         Pour avoir l’impression d’avoir déjeuné un jour avec tous ces auteurs. Et à la fin du repas, hop un autographe ! Alors vous signez ?

-         Je ne me mets pas si facilement à table, surtout avec des gens que je ne connais pas.

-         Mais certains sont très connus, regardez cette signature, vous la reconnaissez ,

-         Je crains que oui.

-         Vous voyez , vous êtes en bonne compagnie.

-         Je crains que non..

-         Certains ont même rajouté un petit mot.

-         Je vois, on s’étale où on peut.

-         Ca vous fera de la pub pour vendre vôtre livre, aujourd’hui sans pub on n’existe pas.

-         Non, vraiment n’insistez pas.

-         Ne soyez pas timide, juste un petit gribouillis. On commence par un gribouillis et on finit…dans un théâtre à Paris. Vous ne répondez pas. Qu’est ce que j’ai dis ? Vous n’aimez pas Paris ?

-         Bonjour

-         Bonjour

-         Vous pouvez me dédicacer votre pièce ?.

-         Volontiers à quel nom ?

-         Marjorie, c’est pour moi, je m’appelle Marjorie.

-         Alors va pour Marjorie. Voilà bonne lecture.

-         Je peux lire la dédicace maintenant ?

-         Comme vous voulez, maintenant ou plus tard.

-         Maintenant. Mais dites donc elle est nulle cette dédicace.

-         Comment ça nulle ?

-         Bien oui, d’une banalité affligeante. Vous écrivez la même chose à tout le monde.

-         Pas du tout , j’essaie de personnaliser, d’écrire quelque chose de différent à chacun.

-         Bien pour moi vous ne vous êtes pas foulé et en plus il y a une faute d’orthographe

-         Où ça ?

-         Là.

-         Je n’en vois pas.

-         Cela ne s’écrit pas comme ça, il ne faut pas de « s ».

-         Si il faut un « s »

-         Je vous dis que non.

-         Je vous assure que si.

-         « s » ou pas, reprenez le votre livre.

-         Mais je vous l’ai dédicacé !

-         C’est bien pour cela que je vous le rends, votre dédicace ne me plait pas.

-         J’avais compris, mais vous lirez la pièce.

-         Si c’est dans le même style, merci !

-         Je vous trouve un peu gonflée, Marjorie.

-         Qui vous permet de m’appeler par mon prénom, nous ne nous connaissons pas.

-         Et je crois qu’il vaut mieux.

-         Et bien moi je croyais que les auteurs de théâtre étaient des gens sympas.

-         Dans leur majorité ils le sont.

-         Alors je suis tombée sur l’exception.

-         Pourquoi êtes vous si agressive ?

-         Je ne suis pas agressive mais je peux le devenir.

-         A cause d’une dédicace ?

-         D’une dédicace ratée.

-         C’est si important que cela.

-         Oui, lorsque je vais chez le boulanger, son pain doit être bon, un auteur doit bien écrire.

-         Vous savez ce que je vous propose.

-         Non.

-         Et bien écrivez là sur ce papier , un petit mot que vous destinez à un auteur que vous ne connaissez pas. Allez écrivez. Vous savez bien écrire puisque vous connaissez l’orthographe. Un peu d’imagination , c’est un exercice très formateur.

-         D’accord. Voilà.

-         Vous aviez préparé ce mot dans votre tête.

-         Pas du tout il est venu comme cela.

-         Pas mal, vous devriez écrire, vous avez de l’esprit et le style pour le servir.

-         Merci, mais une dédicace ce n’est pas bien difficile.

-         Non mais cela peut mener loin.

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