Pièces

Don Sganarelle

Une variation sur le thème de Don Juan de Jean Baptiste Poquelin dit Molière

Les années ont passé, Sganarelle qui a fait fortune dans le tabac est devenu Don Sganarelle.

Dona Elvira n'est pas retounée au couvent et vit avec ses souvenirs.

Don Juan, que l'on croyait mort revient à Séville, sans bagage et vieilli aprés avoir parcouru le monde.

Il veut les retrouver pour se retrouver.

Mais les choses ont changé.

L'homme Don Juan est au bout de sa vie, le mythe de Don Juan peut commencer...

 

Normal 0 21

Don Juan : Et bien mange donc, bon appétit Sganarelle !

 

 

Don Sganarelle : Qui êtes vous ?

 

 

Don Juan : Allons tu ne me reconnais pas ?

 

 

Don Sganarelle : Non.

 

 

Don Juan : Approche donc , viens ici tout prés de mon visage.

 

 

Don Sganarelle : Ah ! Vous… Monsieur !

 

 

Don Juan : Moi même, j’allais presque ajouter pour te servir mais n’inversons pas les rôles veux tu.

 

 

Don Sganarelle : Mais…ce n’est pas possible…vous êtes revenu de, de…

 

 

Don Juan : De l’enfer ! Comme tu y vas, j’ai encore un peu de temps avant de visiter ce lieu.

 

 

Don Sganarelle : Ce n’est pas possible, vous n’êtes pas réel.

 

 

Don Juan : Je le suis, en veux tu une preuve ?

 

 

Don Sganarelle : Oui.

 

 

Don Juan : Approche encore un peu.

 

Voilà !

 

Il lui donne une gifle.

 

 

Don Sganarelle : Ah ! Mon maître…

 

 

Don Juan : Maintenant tu me reconnais.

 

 

Don Sganarelle : Pourquoi traiter ainsi le pauvre Sganarelle ?

 

 

Don Juan : Pauvre, pauvre ?

 

Pas si démuni à ce que je vois.

 

Voilà une maison qui paraît bien vaste et confortable, dans la cour j’y ai vu tout à l’heure une riche voiture attelée de beaux chevaux.

 

La maisonnée me paraît opulente et il ne manque plus que le fumet d’un bon ragoût qui mijote depuis ce matin pour que le tableau soit complet.

 

 

Don Sganarelle : Ah ne parlez pas de ragoût dans cette maison.

 

 

Don Juan : On n’y apprécie pas la bonne chaire ?

 

 

Don Sganarelle : Si, on…je…nous l’apprécions mais nous en sommes privés.

 

 

Don Juan : Privé par qui ?

 

 

Don Sganarelle : Par le cuisinier.

 

 

Don Juan : Cela n’est pas dans ses fonction, bien au contraire.

 

 

Don Sganarelle : Mais il ne jure que par les légumes.

 

 

Don Juan : Les légumes très bien mais en accompagnement.

 

Voilà qui ternit l’  image que j’avais de chez toi.

 

Renvoie ce cuisinier sur le champs !

 

 

Don Sganarelle : Vous croyez ?

 

 

Don Juan : J’en suis certain, ce ne sont pas les serviteurs qui doivent imposer leurs idées à leurs maîtres.

 

Mais avant de le renvoyer qu’il prépare une petite collation, j’ai faim.

 

 

Don Sganarelle : Tout de suite mon maître…mais qu’est ce que je raconte ?

 

 

Don Juan : Alors qu’attends tu ? J’ai faim !

 

 

Don Sganarelle : C’est que , Monsieur, vous arrivez ainsi, comment dire ?

 

 

Don Juan : Comme un cheveu sur la soupe ?

 

Mais qu’on m’apporte donc la soupe.

 

Allons fait moi servir.

 

 

Don Sganarelle : Les temps ont changé.

 

 

Don Juan : Quand il est temps de manger, il est temps de manger, je ne vois pas ce qui a changé.

 

 

Don Sganarelle : Si. Vous, moi, vous, les choses ont changé.

 

Monsieur comment vous dire ?

 

 

Don Juan : Et bien dit .

 

 

Don Sganarelle : Vous arrivez ainsi, sorti tout droit dont on ne sait où, j’en suis tout chamboulé et je dois vous dire.

 

 

Don Juan : Parle à la fin, qu’y a-t-il ?

 

 

Don Sganarelle : Il y a , Monsieur, que je ne suis plus à vôtre service.

 

 

Don Juan : Et qui t’a donné congé ?

 

 

Don Sganarelle : Personne.

 

 

Don Juan : Alors tu vois.

 

 

Don Sganarelle : Vous n’êtes donc pas mort ?

 

 

Don Juan : Non.

 

 

Don Sganarelle : Mais je vous ai vu .

 

 

Don Juan : Qu’as tu vu ?

 

 

Don Sganarelle : J’ai vu le feu vous brûler.

 

 

Don Juan : Un feu intérieur, Sganarelle, un feu invisible.

 

 

Don Sganarelle : Vous avez disparu dans la terre.

 

 

Don Juan : La terre ne m’a pas englouti, elle m’a accueilli.

 

 

Don Sganarelle : Et après ?

 

 

Don Juan : Après ? C’est une affaire entre le Ciel et moi.

 

 

Don Sganarelle : Où étiez vous pendant toutes ces années ?

 

 

Don Juan : Un peu partout, j’ai beaucoup voyagé, j’ai traversé des pays où la neige est chez elle une grande partie de l’année.

 

J’ai atteint des rivages où il ne pleut jamais, des rois, des princes m’ont donné l’hospitalité et d’autres fois j’ai dormi à même le sol, sans même un toit sur la tête.

 

 

Don Sganarelle : Quelle vie aviez vous donc là ?

 

 

Don Juan : Celle d’un homme libre qu’aucun despote, qu’aucune femme n’a jamais retenu, ni dans une prison, ni dans un lit.

 

Une vie bien remplie, qui a laissé ma bourse vide.

 

La tienne me paraît agréablement pleine.

 

 

Don Sganarelle : C’est que Monsieur a été généreux et a eu la bonté de penser à moi dans son testament.

 

 

Don Juan : Il est vrai.

 

Je l’ai écrit après une nuit de beuverie.

 

Au matin, une étrange lucidité m’a pris, j’ai alors mis sur un parchemin quelques volontés.

 

Quelques arrangements pour ceux qui allaient rester.

 

 

Don Sganarelle : Et vous avez pensé à votre serviteur.

 

 

Don Juan : Je n’ai pas voulu que tu crois que ton maître fut un ingrat.

 

 

Don Sganarelle : Je vous en remercie, mais sachez que ce que vous m’avez laissé, je l’ai fait fructifier dans le commerce du tabac.

 

Vous savez que j’ai toujours aimé le tabac.

 

Je fais voguer des navires dont les soutes sont pleines des belles feuilles dorées.

 

Avant que le bateau n’arrive j’ai déjà vendu sa cargaison et avec l’argent je fais partir le suivant.

 

 

Don Juan : Ainsi tu es un homme précieux pour chaque fumeur de ce pays, sans toi le philosophe ne pourrait pas réfléchir en regardant les volutes de fumée sortir de son fourneau tandis que les pensées sortent de son esprit.

 

Quel métier utile tu fais là !

 

Sans toi,les beaux jeunes hommes à rubans ne pourraient pas prendre la prise en regardant la charmante descendre de son carrosse.

 

Les arts ne fleuriraient pas, les sciences ne se développeraient pas.

 

Le tabac est le combustible de la chaudière du monde dont tu es le grand pourvoyeur.

 

 

Don Sganarelle : Ah mon bon maître, comme vous me comprenez.

 

 

Don Juan : Je te comprends mais je ne t’approuve pas.

 

Tu as passé tout ce temps à t’enrichir.