Pièces

Dernier acte

(Éditions Art et Comédie - 2004)

Synopsis :
Un acteur célèbre rêve qu'il est abattu sur scène par un spectateur.
Il prend ce rêve très au sérieux et décide d'arrêter brusquement sa carrière. Son épouse et son agent réagissent à sa décision.
Un jeune auteur vient lui proposer sa pièce...
Reviendra-t-il sur sa décision ?

Personnages : 1 femme, 3 hommes.

DERNIER ACTE

Annouk : Oui. Et quel est le titre de cette pièce, Monsieur ?

L'auteur : LA FIN.

Annouk : C'est un bon début !

Et comment écrivez-vous FIN ?

L'auteur : F.I.N. Pourquoi ?

Annouk : Je pensais FAIM.

Pierre : Je t'en prie.

Annouk : Si l'on ne peut plus plaisanter avec un auteur... très dramatique.

L'auteur : Je ne suis pas affamé, Madame.

Annouk : Assoiffé, peut-être alors.

Vous prendrez bien un verre.

L'auteur : Non, je vous remercie. Je ne suis que de passage et je reprend un train tout à l'heure.

Annouk : Pour une fois que je vois un auteur en chair et en os. D'habitude, les auteurs que jouent mon mari ne viennent pas à la maison. C'est dommage, j'aimerais bien voir la tête de Monsieur Molière et de ces étrangers... Comment les appelles-tu déjà ? Ah, oui ! Shakespeare, Tchekov. Comment peuvent-ils bien être habillés.

Pierre, tu devrais les inviter à passer boire un verre, un de ces jours, entre deux trains, comme notre ami là.

L'auteur : Vous vous moquez

Annouk : Mais pas du tout. Je me pose une question à laquelle vous allez peut être répondre.

Qu'écrivez-vous qui n'ait pas déjà été dit par Sophocle ou Euripide ?

L'auteur : Voilà bien une question de femme.

(Pierre tousse un peu.)

Mais je n'écris rien de différent, Madame. Je continue la même histoire à travers d'autres personnages et si Monsieur votre mari accepte de prêter sa voix au héros, il continuera à dire ce qui a commencé a être murmuré il y a si longtemps et qui retentit à nouveau dès qu'un public est là  pour l'entendre : nous sommes mortels.

Annouk : Je n'ai pas besoin du théâtre pour le savoir.

L'auteur : Non, mais peut-être pour vous le rappeler.

Au fait, la prochaine fois que Messieurs Euripide et Sophocle viendront boire un verre chez vous, veuillez les saluer de ma part, nous sommes amis depuis si longtemps.

Si vous le permettez, je vous rappellerai un peu plus tard pour savoir si vous voulez jouer cette pièce. Réfléchissez. A bientôt.

Bonsoir, Madame.

Il sort.

Annouk : «  Nous sommes amis depuis si longtemps. » Quel culot, ce scribouillard !

Venir chez nous et se comparer à ... !

Pierre : C'est toi qui les a évoqués.

Annouk : Encore un génie qui court les rues. Et bien courrez et ne revenez pas ici, Monsieur le mauvais génie.

Pierre : Sûrement pas un génie, mais je vais lire sa pièce.

Annouk : Ta fin de carrière est déjà terminée.

Pierre : Je te dis que je vais lire, pas que je vais jouer.

Annouk : Allons, je sens bien que son histoire te plaît.

Alain Gras