Pièces

Victoria

Synopsis :
De nos jours, une jeune fille et un jeune homme pénètrent dans la maison où vécut au siècle dernier, Victoria.
Renaît alors, sous leurs yeux, la vie de cette femme indépendante, ses interrogations, ses révoltes, ses amours.
A deux époques différentes , devant nous se joue et se rejoue l’ histoire sans fin de la découverte de l’autre.

Personnages : 2 femmes, 3 hommes.

VICTORIA

John : C’est le hasard. Je ne voulais pas venir chez vous aujourd’hui.

Victoria : Mais voilà qu’en passant devant la grille, vous me trouvez là

John : En train de couper des roses.

Victoria : Elles étaient fanées.
Je n’aime pas les roses fanées, cela me rend triste.

John : Alors vous les coupez…

Victoria : Pour que d’autres fleurs éclosent.

John : Et vous m’avez ouvert le portail.

Victoria : J’étais heureuse de vous voir.

John : Par hasard .

Victoria : Si vous voulez, appelez ça le hasard.
Vous avez très bonne mine John. !

John : Je vais plutôt bien, j’ai beaucoup de satisfactions depuis ma nomination à l’école de Handsgroove.

Victoria : Handsgroove, c’est vers le port n’est ce pas ?

John : Oui de ma classe on aperçoit la mer.

Victoria : Et les bateaux.

John : Et les bateaux .

Victoria : Ceux que construisent les pères de vos élèves.

John : Oui beaucoup travaillent au chantier naval.

Victoria : Vous me parliez de satisfaction…

John : Depuis la rentrée les élèves ont fait beaucoup de progrès, certains ont vraiment le goût d’apprendre.
Ce poste me comble après toutes mes années d’études.
Chaque jour nous lisons Shelley et bientôt Shakespeare .

Victoria : Croyez vous les intéresser ?

John : J’en suis certain, les jeunes esprits sont toujours sensibles aux grands textes.

Victoria : John, quel enthousiasme !
Cela me fait plaisir, vous étiez si morne la dernière fois.

John : N’en parlons plus, voulez vous.

Victoria : Vous me semblez avoir trouvé un nouvel élan, être plein de vie et d’énergie nouvelle. Que s’est-il passé ?

John : Je vous l’ai dit, mon nouveau poste.

Victoria : Il n’y a que ça ?

John : Peut être j’accepte maintenant certaines choses qui auparavant me blessaient beaucoup.

Victoria : Et quoi donc ?

John : Vous le savez parfaitement.

Victoria : Si il s’agit de moi, mes sentiments n’ont pas changé, John, mais peut être que les vôtres oui.

John : Je ne parle pas de sentiments mais d’une autre manière d’envisager ma vie.

Victoria : Votre vie est désormais dans votre classe au dessus du port.

John : Dans ma classe d’où je vois la mer.

Victoria : Et là bas vous n’avez plus besoin de personne n’est ce pas ?
Vos élèves et les comédies de Shakespeare remplissent votre vie et assurent votre bonheur.
Et bien répondez moi ! C’est bien ça, je ne me trompe pas.

John : Vous êtes cruelle.

Victoria : Et vous, vous ne l’êtes donc pas ?

John : Je ne veux plus vous embarrasser.

Victoria : Vous commencer à le faire.

John : Alors il vaut mieux que je me retire.
Vous avez encore des roses à couper.

Victoria (très émue) : Vous avez raison, je dois encore jardiner, élaguer ce qui est mort.
Demain j’en ferais un feu, il me réchauffera pour un temps.

John : Je ne voulais pas vous blesser.

Victoria : Vous ne me blessez pas John.
Partez vous allez être en retard.

John : Mais personne ne m’attend.

Victoria : Quelqu’un vous a attendu.

John : Et cette personne ne m’attends plus ?

Victoria : Elle vous attendra toujours.

John : Cela me rend heureux.

Victoria : Elle n’a pas besoin de le savoir pour vous attendre.
Au revoir.

John : Au revoir Victoria.

Victoria : Au revoir John.

Jonathan : Se sentir heureux c’est parfois différent du bonheur.

Vic : Et nous voulons tous le bonheur et oublions d’être heureux.

...

Alain Gras