Pièces

Totale Charité

(Alna éditeur 2006)

Synopsis :
Une voix dans lors d'un voyage en train, il y a longtemps et Madame Marguerite a fondé Totale Charité l'organisation humanitaire planétaire.
Pour elle cette voix ne pouvait être que "divine".
Mais l'homme qui est dans son bureau ce matin lui déclare:"Je suis venu pour la vérité"
De quelle vérité s'agit-il ?
Celle qui est déjà écrite ou celle qui émerge du passé et remet en cause bien des certitudes ?
A travers cette rencontre Madame Marguerite va atteindre sa vérité ultime...

Personnages : Une femme, un homme.

TOTALE CHARITÉ

Madame Marguerite : Je n’ai pas besoin de Totale Charité pour exister.
Qui vous envoie Monsieur Berg et qui êtes vous ?

Monsieur Berg : Un serviteur, un modeste serviteur envoyé auprès de vous.

Madame Marguerite : Pourquoi ne s’adresse-t-il pas directement à moi ?

Monsieur Berg : Comme dans le train…
Mais vous n’êtes plus la jeune fille d’alors et la femme d’aujourd’hui ne prendrait pas sa voix au sérieux,
pire elle ne l’entendrait pas.
Il y a tellement de bruits autour de vous, Madame Marguerite, que vous ne pouvez plus l’entendre.

Madame Marguerite : Vous vous trompez, je suis encore capable de…

Monsieur Berg : D’obéir ?

Madame Marguerite : Cela dépend.

Monsieur Berg : Vous voyez, vous posez déjà des conditions.

Madame Marguerite : Vous ne savez pas tout , monsieur l’écrivain et vous vous trompez sur plusieurs points.
J’ai bien entendu la voix, ce jour là, dans ce train et au milieu de ces gens.
Sur l’instant, j’ai cru m’être endormie et avoir rêvé.
Mais la voix seule n’aurait pas suffi pour que je prenne ma décision.
Seulement, voilà, il y a eu le regard.

Monsieur Berg : Quel regard ?

Madame Marguerite : Vous voyez que vous ne savez pas tout.
Le regard que j’ai croisé à ma sortie de la gare, encore toute bouleversée par ce qui venait de se passer dans le train.
J’ai alors rencontré le regard d’un homme qui se trouvait là, j’ai eu le sentiment qu’il savait ce qui venait de se passer pour moi, qu’il était comme un témoin venu me dire : « Tu n’as pas rêvé cette voix ni son message ».
Je ne sais pas qui était cet homme, il n’avait rien de particulier, il se tenait simplement immobile au milieu du flot des voyageurs.
J’ai eu l’impression qu’il attendait quelqu’un.
Nous nous sommes regardé sans un mot, comme si nous nous connaissions depuis longtemps, mais peut être nous connaissions nous depuis longtemps.

Monsieur Berg : En sortant de la gare, il commençait à neiger.
Les flocons semblaient voler dans l’air et ils tombaient doucement sur vos cheveux.
Vous n’aviez pas de chapeau et portiez un manteau bleu marine avec une écharpe de laine blanche.
Vous sentiez sur votre visage le froid de la neige pourtant vos joues étaient rouges et vous aviez très chaud, à l’intérieur de vous un brasier s’était éclairé et il brûle encore aujourd’hui.

Madame Marguerite : Je ne sais pas comment vous savez ces choses mais vous je ne vous connais pas …et je n’aime pas votre regard.

Le reste c’est ce que vous appelez de la prémonition ou alors lisez vous peut être dans les pensées.

Monsieur Berg : Ni l’un ni l’autre;

Madame Marguerite : De toute façon, je m’en moque.

Monsieur Berg : Dans certain cas l’esprit rationnel n’aide pas beaucoup.

Madame Marguerite : Moi, voyez vous, c’est avec la raison que je fonctionne.

Monsieur Berg : Pas uniquement, sinon vous n’auriez pas pris au sérieux la voix et ce qu’elle disait.

Madame Marguerite : Qui m’a parlé ?

Monsieur Berg : Enfin, vous sortez de vos certitudes, nous allons pouvoir nous entendre.

Madame Marguerite : Je n’ai pas envie de m’entendre avec vous.

Monsieur Berg : Entendez, tout simplement.

Madame Marguerite : Entendre quoi ?
Encore une voix ?

Monsieur Berg : Non, l’expérience était unique, « il » ne s’est adressé directement à vous qu’une fois, maintenant c’est avec moi que vous avez à faire.

Madame Marguerite : J’aurai préféré quelqu’un de plus…de plus…

Monsieur Berg : Angélique !

Madame Marguerite : Oui c’est ça.

Monsieur Berg : Qui vous apparaîtrez nimbé de lumière et en majesté !
Et bien j’ai pris le bus pour venir et je suis en costume.
Il faut s’adapter.

Alain Gras