Pièces

La chambre

(Éditions THOT - Grenoble)

Synopsis :
Plusieurs années après la mort accidentelle de son fils, une femme réunit les amis de celui-ci pour remettre à chacun un souvenir.
Comédien, chef d’entreprise, chômeur, professeur... chacun a fait son chemin.
Leurs retrouvailles sont l'occasion d'évoquer les souvenirs mais aussi de raviver les tensions, les non-dits, les amours... et d'essayer de répondre à certaines questions à propos de la mort de Mathieu.

Personnages : 3 femmes,4 hommes.

LA CHAMBRE

Je ne sais pas si j'aurais dû venir. Se retrouver dans cette maison...

Je croyais que j'avais oublié. J'avais agi pour oublier.

Thierry  : Et tu n'as pas oublié ?

Hervé : Bien sûr que non. Cette période de notre vie. Tous ensemble.

Quand j'y repense c'était exaltant !

Tout était possible alors. Tant de choses s'ouvraient devant nous. Tant de possibilités, de vie, de rencontres, de constructions.

Thierry  : Ou de destruction.

Hervé : Oui, les deux. Tant de choses connues sans les avoir encore vécues !

Thierry  : La vie allait servir à reconnaître ces choses à travers des visages, des paysages, des lieux.

Mais nous, nous nous étions déjà reconnus.

Hervé : Oui, à travers nos discussions, nos nuits entières à parler...

Thierry  : ... A marcher au bord de la mer...

Hervé : ... S ur les murs de la vieille ville.

Thierry  : ... Nous partagions tout ce que nous avions.

Hervé : ... c'est à dire rien : notre soif de vivre et ce goût étrange d'absolu.

Thierry  : Ce n'était pas rien !

Hervé : Non, ce n'était pas rien !

Thierry  : Je suis rassuré.

Hervé : Pourquoi ?

Thierry  : Parce que je croyais que tout cela ne t'habitait plus, ne te portait plus.

Hervé : Comment pourrais-je vivre si cela ne me portait plus. Ce ne sont pas les parts de marché, les progressions de chiffre d'affaire qui me portent ; me supportent tout au plus, quand je les supporte.

Thierry  : Pourtant, tu sembles y consacrer toute ta vie.

Thierry  : Tu sais bien que j'ai toujours eu besoin de me battre.

Ismaël : (Qui est entré par le côté public, sur un ton très théâtral, très déclamatoire.)

J'ai toujours eu besoin de me battre, mais ai-je toujours vaincu ?

Hervé : Ismaël !

Thierry  : Ismaël !

Ismaël : (Toujours sur le ton théâtral.)

Oui. Ismaël de retour dans la ville du plus grand soleil, du plus grand dégoût, où il n'y a plus de sommeil, mais que des égouts !

Alain Gras